"Je possède ce don d'observation appelé cynisme par ceux qui en sont dépourvus" disait Georges Bernard Shaw. En écartant son stalinisme fervent et sa lecture marxiste de la politique et de l'art, nous pouvons trouver au moins un point commun entre Monsieur Shaw et moi-même. Ce cynisme, qui est aussi une lecture du monde, n'est ni marxiste, ni anarchiste, ni seulement politique. Il est humain, trop humain peut-être...

    Il est, fut et sera teinté de mille et uns sentiments, passant tantôt par le nihilisme, tantôt par la foi en l'avenir, ou encore le laissé-aller, la bêtise, la misanthropie, l'aigreur, le bon sens ou la sérénité. Ce n'est pas une autopsie de la société que je vais vous faire, mais plutôt la conclusion. Car le nihilisme prend souvent le dessus, et en ce moment je n'ai nullement envie de vous prouver que j'ai raison.

    Mais cette "bling-bling society" m'est insupportable. Et les jours que font la nature me montrent la route et la déroute qu'empruntent les hommes et les femmes de ce monde. Nous sommes tous souillés, rançonnés, pillés, cassés, par un Léviathan qui avale tout sur son passage. Il avale notre culture, notre travail, notre famille, notre frigo, notre vie toute entière.  Rien ne l'empêche. Et nous saluons tous le Maître Léviathan, la "Main Invisible", nous nous agenouillons devant le consumérisme, devant la platitude d'une société avec des formes mais sans fond...

    Nietzsche considérait l'humain comme le chainon manquant entre l'animal et le surhomme. Vivement le futur... J'aurais préféré être un sous-homme parmi les surhommes plutôt qu'un homme parmi les autres... Cet enfer du cynique, qui tel un Diogène, cherche sans cesse "l'homme", et ne le trouve même pas au milieu de la foule. Son museau, tel celui d'un chien, renifle les esprits viciés, les renifle comme de la viande avariée.

    Passions voraces, cupidité ravageuse, quotidien abscons, rien ne peut nous sauver de cette voie, ainsi condamnés à foncer dans le mur. Et plus ça continue, plus ça va vite; et plus ça va vite, plus le choc sera brutal. La réalité est toute autre que celle dont veulent bien nous faire part les mass-médias. Il suffit que l'on soit une majorité à ouvrir les yeux, et là quelque chose pourrait être éventuellement possible. Mais là, c'est une bien belle utopie ringarde et boursoufflée  d'ignorance crasse. C'est encore espérer... et l'espoir, c'est la vertu des esclaves.

    Heureusement qu'il me reste la solitude... mon seul refuge... Votre société est nulle, mais le pire reste le fait que je tombe souvent dans le panneau...

    Il est peut-être déjà trop tard...