La durée légale du temps de travail en France est l'un des meilleurs outils parmis ceux dont disposent les instances sociales ainsi que les travailleurs, qui servent à amoindrir les volontés boulimiques du patronat et les tentations d'avilissement.

    Ces temps-ci, la majorité gouvernementale et les organisations patronales (Medef en tête) ne parlent que de l'annulation de cette réglementation afin, disent-ils, de flexibiliser le marché du travail.

    Le travail comme valeur, et non comme moyen de subvenir a ses propres besoins, est en vogue dans ce pays, comme si tout le reste comptait moins.  Nous sommes dans un appauvrissement de la vie et dans l'optique d'un travail à sens unique: "par" les travailleurs et "pour" les patrons. Avec cette dérégulation du marché du travail, il n'y a qu'un seul but visible: faire en sorte que le patron puisse exiger n'importe quoi du futur employé, sous prétexte qu'il ne retrouvera pas de proposition de contrat de sitôt.

     Couplé avec les nouvelles dispositions concernant les chômeurs et les conditions de radiation, cette nouvelle vague de propagande gouvernementale et patronale est claire: avilir le travailleur, l'humilier, le rendre maléable et corvéable à merci... Pour la classe dirigeante (qu'elle soit de gauche ou de droite), il n'y a pas d'alternative à la mondialisation de la flexibilité. Et vos loisirs, votre famille, la structure même de votre conception philosophique de la vie en général, tout cela ne compte que pour du beurre. Ce qu'elle veut et désire le plus ardemment, c'est créer les conditions du maintien de son propre pouvoir et ainsi échapper à l'obligation qu'elle impose à tous les autres. Quelles sont ces conditions? Des salaires bas, pour ne penser qu'aux fins de mois et à rien d'autre. Des heures de travail à ne plus compter, pour ne rien faire d'autre que travailler et consommer. Du rêve de richesse, idéal calqué sur le rêve américain que chacun peut avoir sa chance, pour croire en un idéal unique de richesse et de stabilité des populations.

    Mais organiser ainsi une société est très dangereux. Car je reste persuadé que la caractéristique principale d'une espèce en évolution est de se révolter lorsque cela devient insupportable. Et si nous perdons tous ce sentiment de révolte face à cette attaque frontale sur nos libertés, nous pouvons considérer que nous avons perdu notre humanité...

    Tordez-nous, pressurisez-nous, faites de nous les esclaves de la richesse des autres... A un moment ou à un autre, vous sentirez le retour de bâton...

    N'oubliez pas que "chacun sa chance" ne veut pas dire que "tout le monde a sa chance". Ce monde basé sur des valeurs nauséabondes ne peut être éternel...